Menú PrincipalDiscours du Pape aux jeunes à Sao Paulo-Mai 2007 Rencontre du Pape Benoît XVI avec les nouveaux mouvements et communautés ecclésiales Antivirus |
Discours de Bénoît XVI aux Jeunes dans le stade de Pacaembu à Sao Paulo, Brésil (10-05-07)
Chers jeunes ! Chers amis et chères amies !
1. J'ai voulu ardemment vous rencontrer au cours de mon premier voyage en Amérique latine. Je suis venu inaugurer la Ve Conférence de l'épiscopat latino-américain qui, comme je l'ai souhaité, se déroulera à Aparecida, ici au Brésil, dans le Sanctuaire de Notre-Dame. Elle nous conduit aux pieds de Jésus, pour que nous apprenions ses leçons sur le Royaume et elle nous pousse à être ses missionnaires, afin que les peuples de ce « Continent de l'espérance » aient en Lui pleinement la vie. Hier soir, en survolant le territoire brésilien, je pensais déjà à notre rencontre d'aujourd'hui dans le Stade de Pacaembu, avec le souhait d'embrasser chacun de vous dans une grande accolade au style brésilien et d'exprimer les sentiments que je porte au plus profond de mon cœur et que, de façon très opportune, l'Evangile d'aujourd'hui a voulu nous indiquer. J'ai toujours ressenti une joie très particulière au cours de ces rencontres. Je me souviens en particulier de la XXe Journée mondiale de la Jeunesse, que j'ai eu l'occasion de présider il y a deux ans en Allemagne. Certains d'entre vous, qui sont présents ici, étaient déjà là ! Il s'agit d'un souvenir émouvant, en raison des fruits abondants de grâce accordés par le Seigneur. Il n'y a aucun doute que le premier fruit, parmi tant d'autres, que j'ai pu constater a été celui de la fraternité exemplaire entre tous, comme démonstration évidente de la vitalité éternelle de l'Eglise pour le monde entier.
2. C'est pourquoi, chers amis, je suis certain qu'aujourd'hui se renouvelleront les mêmes impressions que lors de cette rencontre en Allemagne. En 1991, le Serviteur de Dieu le Pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, disait, au cours de sa visite dans le Mato Grosso, que les « jeunes sont les premiers protagonistes du troisième millénaire [...] ce sont eux qui traceront le chemin de cette nouvelle étape de l'humanité » (Discours du 16 octobre 1991 ; cf. Osservatore Romano en Langue Française n.44 du 5 novembre 1991). Aujourd'hui, je me sens poussé à faire avec vous la même observation.
Vous avez une question cruciale, rapportée dans l'Evangile, à lui soumettre. C'est la même que celle du jeune qui courut à la rencontre de Jésus : Que devons-nous faire pour obtenir la vie éternelle ? Je voudrais approfondir cette question avec vous. Il s'agit de la vie. La vie qui, en vous, est exubérante et belle. Que faire de celle-ci ? Comment la vivre pleinement ? Nous comprenons immédiatement, dans la formulation de la question elle-même, que le « ici » et le « maintenant » ne sont pas suffisants ; autrement dit, nous ne réussissons pas à limiter notre vie dans l'espace et dans le temps, pour autant que nous prétendions élargir ses horizons. La vie les transcende. En d'autres termes : nous voulons vivre et non mourir. Nous sentons que quelque chose nous révèle que la vie est éternelle et qu'il est nécessaire de s'engager pour que cela ait lieu. Bref, celle-ci est entre nos mains et dépend, d'une certaine manière, de notre décision. La question de l'Evangile ne concerne pas seulement l'avenir. Elle ne concerne pas seulement ce qui adviendra après la mort. Au contraire, il existe un engagement dans le présent, ici et maintenant, qui doit garantir l'authenticité et par conséquent l'avenir. En un mot, cette demande remet en question le sens de la vie. C'est pourquoi elle peut être formulée ainsi : que dois-je faire afin que ma vie ait un sens ? C'est-à-dire : comment dois-je vivre pour saisir pleinement les fruits de la vie ? Ou encore : que dois-je faire pour que ma vie ne soit pas inutile ? Jésus est le seul qui puisse nous donner une réponse, parce qu'il est le seul qui puisse nous garantir la vie éternelle. C'est pourquoi, c'est également le seul qui parvienne à montrer le sens de la vie présente et à lui donner la plénitude de son contenu.
Mais nous ne possédons que des connaissances partielles. Pour comprendre le bien, nous avons besoin d'aides, que l'Eglise nous offre en de nombreuses occasions, surtout dans la catéchèse. Jésus lui-même montre ce qui est bon pour nous, en nous donnant sa première catéchèse. « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements » (Mt 19, 17). Il part de la connaissance que le jeune homme a déjà certainement reçu de sa famille et de la synagogue : en effet, il connaît les commandements. Ils conduisent à la vie, ce qui veut dire qu'ils nous garantissent l'authenticité. Ce sont les grands indicateurs qui nous montrent la juste voie. Celui qui observe les commandements est sur le chemin de Dieu. Il ne suffit pas, toutefois, de les connaître. Le témoignage a plus de valeur que la science, ou plutôt, c'est la science elle-même appliquée. Ils ne sont pas imposés de l'extérieur, ils ne limitent pas notre liberté. Au contraire : ils constituent de vigoureuses stimulations intérieures, qui nous portent à agir dans une certaine direction. A la base de ces commandements se trouvent la grâce et la nature, qui ne nous laissent pas inertes. Nous devons marcher. Nous sommes poussés à faire quelque chose pour nous réaliser. Se réaliser à travers l'action, en réalité, c'est se rendre réels. Nous sommes, en grande partie, à partir de notre jeunesse, ce que nous voulons être. Nous sommes, pour ainsi dire, l'œuvre de nos propres mains.
Les années que vous êtes en train de vivre sont les années qui préparent votre avenir. Le « demain » dépend beaucoup de la manière dont vous vivez l'« aujourd'hui » de la jeunesse. Devant vos yeux, mes très chers jeunes, vous avez une vie qui – souhaitons-le – sera longue ; mais il n'y en a qu'une, elle est unique : ne permettez pas qu'elle passe en vain, ne la gaspillez pas. Vivez avec enthousiasme, avec joie, mais surtout avec un sens de responsabilité.
Très souvent, nos cœurs de pasteurs sont anxieux, lorsque nous constatons la situation de notre époque. Nous entendons parler des peurs de la jeunesse d'aujourd'hui. Elles nous révèlent un manque d'espérance énorme : la peur de mourir, au moment où la vie est en train de naître et tente de trouver la voie pour se réaliser ; la peur d'échouer, pour ne pas avoir découvert le sens de la vie ; et la peur de rester à l'écart, face à la rapidité déconcertante des événements et des communications. Nous constatons le pourcentage élevé de morts parmi les jeunes, la menace de la violence, la prolifération déplorable des drogues qui bouleverse la jeunesse d'aujourd'hui jusqu'au plus profond d’elle-même. C'est donc pour cette raison que l'on parle de jeunesse égarée.
Il existe, en dernière analyse, un immense horizon d'action dans lequel les questions d'ordre social, économique et politique acquièrent une importance particulière, à condition que leur source d'inspiration soit l'Evangile et la Doctrine sociale de l'Eglise. La construction d'une société plus juste et solidaire, réconciliée et pacifique ; l'engagement à freiner la violence ; les initiatives de promotion d'une vie vécue en plénitude, de l'ordre démocratique et du bien commun, en particulier, celles qui visent à éliminer certaines discriminations existantes dans les sociétés latino-américaines et qui ne doivent pas êtres des causes d'exclusion mais plutôt d'enrichissement réciproque. Comptez dans ce but sur l'aide de Jésus Christ qui, par sa grâce, rendra cela possible (cf. Mt 19, 26). La vie de foi et de prière vous conduira sur les voies de l'intimité avec Dieu et de la compréhension de la grandeur des projets qu'il a pour chaque personne. « A cause du Royaume des Cieux » (Ibid., v. 12), certains sont appelés à un don total et définitif, pour se consacrer à Dieu dans la vie religieuse, « grand don de la grâce », comme cela a été déclaré par le Concile Vatican II (cf. Décret Perfectae caritatis, n. 12). Les personnes consacrées qui se donnent totalement à Dieu, mues par l'Esprit Saint, participent à la mission de l'Eglise, en témoignant de l'espérance du Royaume céleste parmi tous les hommes. C'est pourquoi je bénis et j'invoque la protection divine sur tous les religieux qui, dans la vigne du Seigneur, se consacrent au Christ et à leurs frères. Les personnes consacrées méritent vraiment la gratitude de la communauté ecclésiale : moines et moniales, contemplatifs et contemplatives, religieux et religieuses consacrés aux œuvres d'apostolat, membres d'Instituts séculiers et de Sociétés de Vie apostolique, ermites et vierges consacrées. « Leur existence rend un témoignage d’amour au Christ lorsqu’ils marchent à sa suite selon la proposition de l’Evangile et que, avec une joie intime, ils assument le style de vie qu’Il a choisi pour lui-même » (Congrégation pour la Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique, Instruction Repartir du Christ - Un engagement renouvelé de la vie consacrée au troisième millénaire, 14 juin 2002). Je souhaite qu'en ce moment de grâce et de profonde communion dans le Christ, l'Esprit Saint réveille dans le cœur de tant de jeunes un amour passionné, en suivant et en imitant Jésus Christ chaste, pauvre et obéissant, totalement tourné vers la gloire du Père et vers l'amour de nos frères et de nos sœurs.
Mais l'Evangile nous rapporte que ce jeune, ayant entendu l'invitation, s'attrista. Il s'en alla abattu et triste. Cet épisode nous fait réfléchir encore une fois sur la richesse de la jeunesse. Il ne s'agit pas en premier lieu de biens matériels, mais de sa propre vie, avec les valeurs inhérentes à la jeunesse. Elle provient d'un double héritage : la vie, transmise de génération en génération, à l'origine primaire de laquelle se trouve Dieu, empli de sagesse et d'amour ; et l'éducation qui nous insère dans la culture, au point de pouvoir, en quelque sorte, dire que nous sommes davantage les enfants de la culture, et donc de la foi, que de la nature. De la vie fleurit la liberté qui, surtout dans cette phase, se manifeste comme responsabilité. Et le grand moment de la décision, dans un double choix : le premier, concernant le statut de la vie, et le second concernant la profession. Voilà qui répond à la question : que faire de notre propre vie ? En d'autres termes, la jeunesse se présente comme une richesse parce qu'elle conduit à la redécouverte de la vie comme don et comme devoir. Le jeune de l'Evangile comprit la richesse de sa propre jeunesse. Il alla auprès de Jésus, le Maître bon, pour chercher une orientation. A l'heure du grand choix, toutefois, il n'eut pas le courage de tout miser sur Jésus Christ. Par conséquent, il s'en alla triste et abattu. C'est ce qu'il arrive à chaque fois que nos décisions vacillent et deviennent mesquines et intéressées. Il comprit qu'il lui manquait la générosité, et cela ne lui permit pas une pleine réalisation. Il se replia sur sa richesse, en la faisant devenir égoïste. Jésus regretta la tristesse et la mesquinerie du jeune qui était venu le chercher. Les Apôtres, comme vous tous et vous toutes aujourd'hui, remplirent le vide laissé par ce jeune qui s'en était allé triste et abattu. Eux et nous, sommes heureux, parce que nous savons à qui nous croyons (cf. 2 Tm 1, 12). Nous savons et nous témoignons à travers notre vie que Lui seul a les paroles de vie éternelle (cf. Jn 6, 68). C'est pourquoi, avec saint Paul, nous pouvons nous exclamer : Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ! (cf. Ph 4, 4).
Je salue les francophones qui vivent sur le Continent latino-américain, les invitant à être des témoins de l'Evangile et des acteurs de la vie ecclésiale. Ma prière vous rejoint tout particulièrement, vous les jeunes, vous êtes appelés à construire votre vie sur le Christ et sur les valeurs humaines fondamentales. Que tous se sentent invités à collaborer pour édifier un monde de justice et de paix.
Chers jeunes amis, comme le jeune homme de l'Evangile, qui demanda à Jésus « Que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? », chacun de vous cherche les voies pour répondre généreusement à l'appel du Seigneur. Je prie pour que vous puissiez entendre ses paroles de salut et devenir ses témoins pour les peuples d'aujourd'hui. Que Dieu répande sur vous tous ses Bénédictions de paix et de joie.
Très chers jeunes, le Christ vous appelle à être saints. Lui-même vous invite et veut cheminer avec vous, pour animer avec son Esprit les pas du Brésil en ce début du troisième millénaire de l'ère chrétienne. Je demande à la Madone d’Aparecida de vous guider de son aide maternelle et de vous accompagner tout au long de votre vie.
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