Du 27 au 30 Novembre, a eu lieu à Rome, la LXI Assemblée Ordinaire de l´Union de Supérieurs Généraux, à la Curie Générale des Salésiens. Le sujet de cette Assemblée était : Laïcs et Religieux, ensemble face aux défis du III Millénaire. Le Père Benjamín Romo a parlé au nom des Supérieurs Généraux, et il a fait une conférence au nom du P. Général : Religieux et Laïcs, une mission commune dans l´Église et dans le monde ( celle-là, était une des deux conférences programmées pour cette Assemblée ; l´autre, c´est le Professeur Andrea Riccardi (Fondateur de la Communauté de Saint Egidio) que l´a assumée. 130 Supérieurs Généraux et 50 laïcs environ appartenant à quelques des mouvements les plus significatifs de l´Eglise, y ont participé. La JMV a participé au moyen de deux représentants, Ana María Escaño, du Conseil International, et María Agnesse Lovito, Présidente Nationale en d´Italie.

L´objectif principal de cette Assemblée, c´était celui de favoriser la connaissance réciproque et de partager la richesse des différents charismes. Dans une ambiance de communion et de participation, on a découvert les possibilités d´avoir une participation plus forte au moyen d´actions précises afin de faire face aux grands défis du monde aujourd´hui. Nous partageons avec vous, l´intervention du P.Romo dans cette Assemblée:

 

Religieux et laïcs, une mission commune dans l’Église et dans la société

P. Benjamín Romo, c.m.

 

I - La mission commune de l’Église[1].

1.                Un mot sur les laïcs dans le Nouveau Testament.

Actuellement, nous qui vivons dans une Église assez hiérarchisée, il nous est difficile de valoriser l’importance du rôle des laïcs dans les origines de l’Église et particulièrement celui des femmes laïques. Une lecture du Nouveau Testament sous cet angle nous fera découvrir qu’il y a eu de nombreux hommes et femmes laïcs profondément engagés dans l’annonce de Jésus Christ et son message de salut pour l’humanité.

Un bref rappel nous amène à nous souvenir que plusieurs personnes, se trouvant avec le Seigneur, sont devenues des coopérateurs et des « continuateurs » de sa mission. En lisant l’évangile de Jean, nous nous rendons compte que ce n’est ni Pierre ni Jean, ni un autre apôtre mais bien Marie de Magdala la première qui a annoncé aux apôtres : “J’ai vu le Seigneur” (Jn. 20, 18).

Le Nouveau Testament mentionne beaucoup d’autres laïcs, hommes et femmes, qui se sont unis pour une mission commune : annoncer le Christ et son projet du Royaume. Dans le livre des Actes des Apôtres(9, 36) nous trouvons Tabitha, laquelle “ distribuait beaucoup d’aumônes et faisait des œuvres de charité”. On y parle aussi de Marie, la mère de Jean-Marc, dont la maison était utilisée comme lieu de rencontre pour la prière (Actes 12, 12). Les mêmes Actes nous parlent de Lydie, une négociante en pourpre de la ville de Thyatire (Actes 16, 14) ; c’est chez elle que Paul et Silas se réunissaient avec les chrétiens de cette ville. Il y eut aussi Phebée, que saint Paul présente comme diaconesse et dont il fait l’éloge pour avoir été une protectrice pour nombre de chrétiens et pour lui-même (Rm 16, 1-3).

Une lecture du Nouveau Testament pointant les laïcs dans la vie de l’Église nous conduira à découvrir la part active qu’ils y ont eu. La preuve la plus frappante de tout le Nouveau Testament nous est donnée par l’affirmation de Paul parlant de Prisca et d’Aquilas. Paul dit que toutes les communautés des Gentils avaient une dette de reconnaissance envers ce couple[2]. Il sera difficile de trouver une louange plus grande que celle-ci. Paul et Luc considéraient ce couple comme des missionnaires exceptionnels. On les voit dans la lettre aux Romains (16, 3), dans la première lettre aux Corinthiens (16, 9), dans le chapitre 18 des Actes (18,2ss ; 18, 26)et à la fin de la deuxième lettre à Timothée (4, 19). Ils ont été, avec Paul, les fondateurs de l’Église d’Éphèse. Priscille, que Paul appelle Prisca, est mentionnée deux fois avant son mari. Ce peut être un indice révélant que son rôle était plus important que celui de son mari dans l’activité missionnaire de l’Église primitive. Si nous parlons de collaboration, je crois qu’il sera facile de la découvrir si nous avons tous ces éléments en toile de fond : Tous se sentaient Église, quelque soit leur propre condition (mariés, célibataires, jeunes, “anciens”, tous transformés par Jésus et engagés en toute simplicité dans l’annonce du salut, qui est Jésus lui-même. Tous unis dans une mission commune.

Au cours des vingt siècles d’histoire, le rôle des laïcs a connu beaucoup de lumières et aussi quelques ombres. La Hiérarchie de l’Église, surtout au dernier millénaire, a joué le rôle de protagoniste dans le travail et la mission de l’Église, au détriment du rôle du laïc et de sa collaboration dans l’œuvre de la rédemption. Pourtant on ne peut pas nier qu’il y ait eu de nombreux hommes et femmes qui ont eu une influence très importante parmi les nombreux grands courants spirituels de l’histoire de l’Église. Au troisième et quatrième siècle, la plus grande partie des Pères et Mères du désert étaient des laïques. Dans la tradition mystique des XIIe et XIIIe siècles, beaucoup de femmes laïques, comme Julienne de Norwich, jouèrent un rôle fondamental. En France, au XVIIe siècle, époque de saints comme François de Sales et Vincent de Paul, Madame Acarie, mère de six enfants, était une des personnes les plus recherchées en tant que guide spirituel de l’époque. On pourrait encore parler de beaucoup d’autres hommes et femmes qui, tout au long de l’histoire, ont été des exemples d’engagement absolu.

  2.                Cinq convictions qui fondent la collaboration entre laïcs et religieux.  

L’action de l’Esprit-Saint a amené l’Église à prendre de nouveaux chemins pour vivre le projet de Jésus-Christ au milieu du monde. Les laïcs et les communautés religieuses, en se sentant Église, prennent davantage conscience, chaque jour, de vivre la mission en collaboration. Et, de cette façon, elles mettent en commun leur propre richesse qui devient une force transformatrice dans le monde. Permettez-moi de partager avec vous cinq convictions qui, parmi d’autres, sont le fondement de la collaboration :

Première raison. La mission n’est pas une activité de l’Église, c’est son essence. Si le Royaume de Dieu est la réalité fondamentale de la prédication de Jésus, alors “mission” est l’ordre donné par Jésus à ses disciples : “Allez! Allez et annoncez le Royaume !”[3]. Leur mission, consiste donc à  prêcher le Royaume. Dans l’Église tous ses membres sont missionnaires. Déjà en 1975, Evangelii Nuntiandi disait : “Quiconque relit dans le Nouveau Testament les origines de l’Église suit pas à pas son histoire et la regarde vivre et agir, voit qu’elle est liée à l’évangélisation par ce qu’elle a de plus intime.[4]. Donc, c’est toute l’Église qui reçoit la mission d’évangéliser et le travail de chacun est important pour la croissance de tous. Religieux et laïcs partagent alors dans l’Église la tâche d’être missionnaires dans le monde et, à partir de leur charisme, ils annoncent le Christ en rendant palpable l’évangile. Nous pouvons ainsi dire qu’il n’y a pas plusieurs “missions”, mais une seule mission partagée qui est celle d’annoncer Jésus-Christ.

Deuxième raison. Les laïcs enracinent leur mission dans le monde. Inspirés par des documents tels que Evangelii Nuntiandi et Christifideles Laici (1988), les laïcs, hommes et femmes, exercent dans l’Église une palette de ministères très large et variée. Ils s’engagent comme responsables des communautés locales, comme catéchistes, maîtres, animateurs de prière, serviteurs de la Parole, dans la pastorale des malades à domicile et à l’hôpital, serviteurs des pauvres. Ils jouent un rôle important dans les actions pour la paix et la justice entre les nations. Les laïcs sont appelés par vocation à évangéliser le monde de la culture, de la politique, de l’économie, des sciences, des arts, de la vie internationale, des moyens de communication. Aujourd’hui, nous voyons très souvent les laïcs créer des pages web sur l’Internet, élaborer des projets solides en faveur de la promotion de l’homme, sa culture, son développement. Chaque fois les laïcs sont plus nombreux à être inspirés et motivés par le charisme d’un institut et à partager leurs richesses pour faire plus efficacement leur travail dans le monde.

Partager le charisme spécifique de nos communautés religieuses avec les laïcs c’est permettre que, par leur intermédiaire, l’évangile soit porté dans de nombreuses parties du monde et particulièrement là où la vie religieuse en tant que telle n’a pas encore été capable d’y pénétrer. 

Troisième raison. La mission est le chemin vers la sainteté. La sainteté est la vocation universelle de tous les baptisés en Jésus-Christ. L’appel à suivre le Christ est valable pour les fidèles associés à la vie et à la mission de Jésus. Le chemin de la mission est le chemin de la sainteté. “Cette orientation à la sainteté n’est pas une simple exhortation morale, mais une exigence incontournable du mystère de l’Église[5].”La sainteté est la perfection dans la charité, et la charité est la tâche fondamentale de l’Église, sur laquelle le Royaume de Dieu est bâti. Les chrétiens sont appelés à créer la culture de la solidarité, expression de l’amour, et à partir d’elle, établir la civilisation de l’amour impliquant tous les hommes et toutes les sphères de l’humanité. Partager la même vocation à la sainteté nous met sur un niveau d’égalité qui permet partager entre religieux et laïcs le chemin pour travailler ensemble, à la suite de Jésus, à la construction du Royaume.

Quatrième raison. La famille et les jeunes sont appelés à jouer un rôle spécial dans la commune mission de l’Église. Si nous pensons aux familles, il est important de rappeler le beau nom employé par Vatican II et répété par Evangelii Nuntiandi en les décrivant comme “Église domestique[6]”. La famille, comme l’Église, est un lieu où l’évangile est transmis, spécialement aux petits, et à travers eux, est irradié à d’autres, particulièrement par le témoignage d’unité et d’amour. D’autre part, tant le Nouveau Testament que les divers documents de l’Église mentionnent d’une manière spéciale les jeunes. Timothée et Tite, deux des grands missionnaires de l’Église primitive, étaient jeunes. En effet, Paul doit avertir Timothée : “Que personne ne méprise ton jeune âge[7].” Aujourd’hui 64% de la population mondiale a moins de 25 ans, et cette donnée nous révèle la potentialité évangélisatrice existant chez les jeunes. Partager le charisme de son institut avec les familles et les jeunes est une urgence cruciale de notre temps. 

Cinquième raison. Au commencement de ce XXIe siècle, l’Esprit du Seigneur ouvre de nouveaux chemins pour l’activité missionnaire des laïcs. De plus, le document Vita Consecrata constate qu’aujourd’hui les communautés religieuses vivent leur charisme en les partageant avec les laïcs. 

Et les raisons par lesquelles on partage son propre charisme ne sont pas le manque de vocations sacerdotales ou religieuses, ni même des raisons d’ordre sociologique. La raison est plutôt ecclésiale, puisque l’Église est une communauté caractérisée par la communion et la participation. En parlant de cette réalité, nous pouvons l’évoquer par une célèbre citation du Pape : « La nouveauté de ces dernières années est surtout la demande, venant de certains laïcs, de participer aux idéaux charismatiques des Instituts. Des initiatives intéressantes et de nouvelles formes institutionnelles d’association aux Instituts en sont nées. Nous assistons à une nouvelle floraison authentique d’anciennes institutions, tels que les Ordres séculiers ou Tiers Ordres, et à la naissance de nouvelles associations de laïcs et de mouvements autour des Familles religieuses et des Instituts séculiers. Si la collaboration a eu lieu, parfois même dans un passé récent, sous forme de suppléance en raison de la carence des personnes consacrées nécessaires au déroulement des activités, elle naît à présent de l’exigence de partager les responsabilités non seulement dans la gestion des œuvres de l’Institut, mais surtout dans l’aspiration à vivre des aspects et des moments spécifiques de la spiritualité et de la mission de l’Institut[8]. L’un des fruits de l’Église « Communion » est la collaboration et les échanges des dons, pour participer plus efficacement à la  mission de l’Église. Le charisme de l’Institut se manifeste de deux façons : en le vivant et en le partageant avec les autres.

II.               Une expérience de collaboration  : la Famille Vincentienne

Parlant des laïcs et religieux engagés dans une mission commune, permettez-moi de vous présenter quelques caractéristiques du chemin parcouru par le charisme de saint Vincent de Paul au cours de ces dernières années. 

Le charisme « vincentien » naît avec saint Vincent de Paul au début du XVIIe siècle et très vite il le partage avec les laïcs de la France du XVIIe siècle. Du point de vue de la collaboration, nous découvrons en lui le saint qui  :

·         croyait à la force des laïcs

·         créait des espaces afin que les laïcs puissent vivre leur foi au milieu du monde.

·         partageait avec les laïcs la vision de Jésus Christ et du pauvre

·         partageait son style de vie évangélique avec toutes les classes sociales laïques

·         avait toujours une attitude d’écoute des laïcs, des pauvres ; et d’eux il a appris à se laisser transformer par Dieu.  

  1. Les différentes branches.

 Je vous parle de quelques-unes des Associations fondées par saint Vincent ou nées au sein de la Famille « vincentienne », et qui tout en conservant leur propre identité, partagent une spiritualité et une mission communes. 

Saint Vincent a cru à la force des laïcs et aux rôles évangélisateur et transformateur des femmes dans l’Église et dans la société. À partir de cette conviction et attentif aux besoins des pauvres, il a fondé en France, en 1617, Les Charités, appelées aujourd’hui Association Internationale de Charités AIC. Ces groupes, constitués essentiellement pour des femmes, présents en 52 pays avec un total de 250.000 membres, travaillent en partant de projets de promotion des pauvres, en étant une force de dénonciation et de pression contre les structures d’injustice. 

En cherchant l’évangélisation des pauvres et le renouveau du clergé, Vincent de Paul a fondé La Congrégation de la Mission ou Missionnaires vincentiens (CM) appelés en France Lazaristes. Présents dans 80 pays avec environ 4 000 missionnaires, ils collaborent avec les laïcs dans la promotion intégrale des personnes et des communautés.

En 1633 Vincent de Paul avec Louise de Marillac fondent La Compagnie des Filles de la Charité (FdlC). Présentes aujourd’hui dans 90 pays avec environ 23.500 membres, elles collaborent avec les laïcs, spécialement avec les associations vincentiennes pour œuvrer dans les pays les plus touchés par la pauvreté et les guerres, allant ainsi aux plus pauvres des pauvres.

Inspiré par le charisme de Vincent de Paul, le jeune Frédéric Ozanam et ses compagnons d’Université fondèrent à Paris, en 1833, La Société de Saint Vincent de Paul (SSVP) dont la finalité est : « D’aider notre prochain, ceux qui souffrent, les abandonnés, comme le faisait Jésus-Christ en suivant la tradition vincentienne[9]..Cette fondation a été une forme excellente pour actualiser le charisme vincentien aux besoins d’un moment historique concret. Cette Association est présente en 133 pays et a environ 650.000 membres.

 Avec les apparitions de la Vierge de la Médaille Miraculeuse à sainte Catherine Labouré, en 1830, naît l’Association de la Jeunesse Mariale Vincentienne (JMV). Sa finalité est la formation de ses membres pour vivre une foi solide à la suite du Christ, évangélisateur des pauvres. En vivant leur vocation missionnaire selon le style de vie de saint Vincent, les jeunes participent à la promotion des pauvres et à l’évangélisation des communautés plus éloignées. Ils travaillent en étroite collaboration avec d’autres groupes de la Famille Vincentienne. Elle compte 72 000 membres présents dans 62 pays.

À partir également des apparitions de la Vierge à Catherine Labouré, naît l’Association de la Médaille Miraculeuse (AMM). Ils appartiennent aussi à la Famille Vincentienne, ils sont présents dans 30 pays et consacrent leur activité dans l’Église à l’évangélisation et à la promotion des familles pauvres de leur propre communauté en allant dans les endroits les plus éloignés. Ils sont environ un million de membres enregistrés.

Les Missionnaires Laïques Vincentiens (MISEVI) : C’est une association vincentienne née en 1999 et dont la finalité est : vivre fortement la dimension missionnaire du charisme vincentien. Dans ce but, après une solide formation humaine et chrétienne et après avoir reçu une connaissance technique ou professionnelle, ses membres vont en mission « ad gentes » pour consacrer quelques années de leur vie à la promotion des pauvres. Leurs projets se font  toujours dans le cadre et en collaboration avec les œuvres des Filles de la Charité ou des Lazaristes. L’Association a des missions permanentes laïques au Mozambique, en Bolivie, Honduras et Espagne.

Il y a encore beaucoup d’institutions et d’associations qui puisent à ce puits commun qu’est le charisme de saint Vincent[10], par exemple les Religieux de Saint Vincent de Paul, qui sont présents parmi nous, mais dans l’objectif de cette intervention, je ne désire me centrer que sur la collaboration entre les groupes déjà cités.

 Toutes ces associations ou instituts partagent le même charisme, parce que :

 

 2. Quelques éléments de leur structure juridique.

Toutes les associations déjà citées sont reconnues par le Saint-Siège. L’AIC a son Assistant Ecclésiastique nommé par l’Église ; il en est de même pour la Société de Saint Vincent de Paul. Curieusement la Jeunesse Mariale Vincentienne, l’Association de la Médaille Miraculeuse et les Missionnaires Laïques Vincentiens, par disposition expresse du Saint-Siège, ont le Supérieur Général de la Congrégation de la Mission comme Directeur Général. Toutes ces Associations ont un président laïc élu par elles-mêmes. Entre toutes ces Associations, les Filles de la Charité de saint Vincent de Paul et la Congrégation de la Mission il y a une relation de famille et une interaction solide et respectueuse. Nous avons mis ensemble nos forces pour chercher des chemins de formation, et de cette façon, entreprendre des projets communs de service et d’évangélisation des pauvres.

 3.             Expérience de collaboration.

Les laïcs et les consacrés vincentiens présents dans 135 pays du monde animés du charisme et motivés par les appels de l’Église et du monde actuel, ont entrepris quelques projets communs. En voici quelques-uns :

On a élaboré des programmes pour la formation en commun. Encouragés par les paroles du Pape : « «Chers Fils et Filles de Saint Vincent, plus que jamais recherchez, avec hardiesse, humilité et adresse, les causes de la pauvreté et encouragez des solutions à court et long terme ; des solutions adaptables et concrètes. En agissant ainsi, vous travaillerez à la crédibilité de l’Évangile et de l’Église [11]. Les programmes de formation permanente destinés aux laïcs, Filles de la Charité et Lazaristes sont nombreux. Des projets de formation en commun sur la spiritualité vincentienne et la doctrine sociale de l’Église ont été réalisés.

Un projet de service direct aux pauvres a vu le jour. Il s’appelle « Mondialisation de la Charité : Lutte contre la faim. » Les responsables des principales branches de la Famille Vincentienne, pendant leur réunion annuelle de 2001, au début du nouveau millénaire ont choisi la faim comme cible commune pour les deux années suivantes, et s’étaient proposés de canaliser toutes les énergies des différentes associations afin de combattre ce fléau. Deux types d’action sont en cours de réalisation : apporter tout de suite la nourriture et lutter avec des projets contre les causes : comme les projets d’éducation, de sensibilisation, de participation solidaire de la collectivité, du travail en collaboration avec les pouvoirs publics.

La Rencontre des Responsables Internationaux de la Famille Vincentienne est organisée tous les ans. Ces huit branches de la Famille Vincentienne se réunissent pour partager leurs expériences et leurs projets de service des pauvres. De plus, des moments de réflexion et formation, de prière et de mise en route de projets communs en faveur des pauvres sont prévus.

Il y a aussi la Rencontre nationale annuelle des différentes branches de la Famille Vincentienne. À l’occasion de la fête de saint Vincent, on organise chaque année une rencontre des diverses associations et groupes vincentiens dans chaque pays. C’est une occasion pour prier, vivre et se former ensemble dans l’esprit propre et donner ainsi des réponses plus efficaces aux pauvretés de leur environnement.

Dans plusieurs pays il y a une Commission Coordinatrice qui organise conjointement des programmes de formation, des projets apostoliques et des temps de prière où participent les diverses branches de la Famille.

Dans le même temps, un livre sur la spiritualité vincentienne laïque est en cours de préparation. Ce matériel de formation est élaboré afin d’offrir une spiritualité vincentienne plus incarnée à la réalité contemporaine et à partir de l’expérience de ces laïcs.

Finalement je cite la Prière commune de la Famille Vincentienne. Avec la collaboration des responsables internationaux, on a rédigé et diffusé dans tous les pays une prière commune. Cette prière nous réunit dans un même esprit et nous pousse à l’action évangélisatrice des pauvres. En plus, quelques branches ont édité – ou elles vont le faire – leur propre livre de prières vincentiennes.

III.           Quelques défis que l’action commune pose : religieux - laïcs dans la mission.

 1. Partager son charisme avec les laïcs.

 C’est le premier défi que la vie religieuse d’aujourd’hui doit relever : partager le charisme pour croître et se renouveler. « Aujourd’hui, beaucoup d’Instituts, souvent en raison de situations nouvelles, sont parvenus à la conviction que leur charisme peut être partagé avec les laïcs s[12]. C’est un fait réel qui est bénéfique aussi bien aux consacrés qu’aux laïcs. D’une part, les personnes consacrées rayonnent leur propre spiritualité ; d’autre part, elles reçoivent des laïcs une image nouvelle de leur charisme qui favorise l’ouverture à de nouveaux projets répondant plus efficacement aux besoins de l’homme d’aujourd’hui. « Tout le monde spirituel religieux, parfois  enfermé dans de petits problèmes, s’ouvre aux graves problèmes du peuple et à la manière naturelle avec laquelle il supporte la faim, le froid, d’être à l’étroit, les incommodités et l’insécurité dans toute leur vie… En fait quand la vie religieuse petit à petit pénètre dans ce monde-là… elle commence à ré-découvrir les origines charismatiques de sa consécration… Le monde religieux a découvert et touché du doigt que le pauvre est une médiation privilégiée pour la rencontre avec Dieu[13].

La collaboration est source de renouveau à l’intérieur des communautés religieuses puisque les laïcs y ont découvert l’essence même de la vie et du charisme. Partager le charisme c’est partager le don reçu pour que d’autres, les laïcs, avec la teinte de leur charisme puissent vivre leur foi et s’engagent dans la cause pour la justice et la paix dans le monde. Quelles sont les actions que nous pouvons entreprendre pour partager le charisme et vivre plus concrètement la mission commune ?

 2. Vivre son charisme avec un esprit de collaborateurs.

 D’une Ecclésiologie de communion et de participation découle une attitude de coresponsabilité dans l’action commune pour bâtir le Royaume. Collaborer à la réalisation du projet de Jésus signifie être assez humble pour savoir se retirer et permettre au laïc d’occuper la place d’avant-garde dans les domaines qui sont les siens, dans l’Église et dans le monde. Cela signifie changer les attitudes obsolètes et autosuffisantes devant le laïcat, rompant ainsi avec une mentalité cléricaliste et élitiste. Cela signifie acquérir des attitudes d’écoute, de dialogue et de discernement ensemble. C’est vivre dans une attitude d’ouverture pour donner et se donner, et en même temps, recevoir et se laisser transformer. Plusieurs saints et même beaucoup de nos Fondateurs ont vécu une profonde transformation dans leur spiritualité et charisme à partir de l’interpellation de Dieu après la rencontre avec les laïcs et les événements. Dans nos communautés, comment la collaboration est-elle vécue? Quelle est la mentalité prédominante ?

 3. Accepter ensemble, religieux et laïcs, le défi de la formation.

 La formation est l’âme et le moteur de la mission et de son engagement pour bâtir le Royaume. Le manque de formation est l’un des plus grands obstacles pour la participation des laïcs à la Mission de l’Église. La collaboration entre religieux et laïcs commence par une formation. Il me semble que notre Mission aujourd’hui, est centrée surtout sur la formation des ministres laïcs. La formation intégrale, pour qu’elle soit au service de la Mission de l’Église, part de la réalité et y revient pour la transformer à partir de la Parole de Dieu. La Parole de Dieu, l’histoire actuelle, les événements du monde, la réflexion sur notre charisme et la situation des pauvres sont les points théologiques de la formation. La formation est un des défis primordiaux pour l’avenir des communautés religieuses et de la mission du laïc dans l’Église. La formation des collaborateurs laïcs qui prennent part à la spiritualité et à la mission de nos instituts doit être l’objet de notre attention permanente. Quels espaces permettons-nous aux laïcs pour notre formation ? Quels projets de formation en commun avec les laïcs avons-nous ?

4.     Impulser ensemble une spiritualité laïque.

La suite de Jésus pour les premiers chrétiens était une pratique qui faisait corps avec la vie quotidienne, qui l’éclairait et la transformait. L’engagement missionnaire partait de la vie et imprégnait la vie en la transformant. Une interaction équilibrée entre prière et action est très importante pour ouvrir le chemin à une spiritualité laïque saine, incarnée dans la propre histoire de l’homme et de l’humanité. L’« ora » de la contemplation doit être conjugué harmonieusement avec le « labora » de l’action ; de cette manière la spiritualité unira toutes les expressions de la vie humaine en une expérience de foi. Reprendre le chemin de la sainteté aujourd’hui nous immerge dans une profonde communion avec Dieu et dans un engagement de transformation du monde. Religieux et laïcs, nous devons créer une spiritualité centrée sur le Christ et son Evangile. Il faut aussi faire, de nos communautés, d’authentiques « écoles » de prière pour les laïcs[14].

5. Marcher ensemble avec une spiritualité missionnaire

L’Église est missionnaire par nature. La mission est son essence et sa raison d’être. Elle existe pour évangéliser et servir. Le Concile Vatican II a souligné que toute l’Église est missionnaire, et donc tout baptisé doit se sentir appelé à donner son concours à l’annonce de l’Évangile. Pour la vie religieuse la dimension missionnaire n’est pas facultative mais est essentielle. Bon nombre de laïcs sont appelés aujourd’hui par Dieu à vivre la mission ad gentes ; c’est notre défi à relever pour créer les conditions et les structures nécessaires pour qu’ils vivent leur vocation de missionnaires. Dans une société mondialisée comme la nôtre, il faut une disponibilité pour aller là où notre charisme est nécessaire et pour cela nous-mêmes avons besoin d’une mentalité missionnaire, car seulement celui qui est missionnaire peut faire participer les autres à la mission. Découvrir les espaces missionnaires de notre charisme pour les partager avec les laïcs, est notre défi. Les accompagner dans la mission est aussi une part de la tâche des communautés religieuses. Comment vivons-nous et rendons-nous notre charisme contagieux ?

 6.     Être avec les plus pauvres.

Nous ne pouvons pas laisser les laïcs dans l’ambiguïté de la foi et dans un tiède engagement face au monde il faut la radicalité évangélique. Le témoignage de vie de nos communautés doit manifester avec clarté « où nous sommes » et « avec qui nous sommes ». Le baptême est pour les chrétiens la motivation plus profonde qui fait, de notre engagement avec Jésus, une option préférentielle pour les plus pauvres et les exclus de la société. Le défi pour la vie religieuse est toujours celui de maintenir une présence réelle et effective devant les nouvelles et vieilles pauvretés qui continuent à sévir dans le monde et qui sont cause de scandale pour l’humanité. La guerre, la faim, l’exclusion sociale, la maladie, la violence et beaucoup d’autres réalités de ce genre réclament une présence engagée des disciples de Jésus. Au sein de l’Église on constate un réveil du laïcat qui cherche la radicalité dans l’engagement de sa foi et qui souhaite voir la vie religieuse avec des attitudes plus en cohérence avec l’évangile et son charisme. Les laïcs cherchent des communautés religieuses ouvertes, accueillantes, qui avec un style de simplicité et de proximité, leur montrent le chemin de rencontre avec les pauvres.

7. Créer de « nouveaux espaces » pour la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde. 

L’un des plus grands défis que l’Église doit relever, et la vie religieuse avec elle, est de créer de nouveaux espaces pour vivre la foi. La vie religieuse peut créer, à partir de son propre charisme, de nouveaux espaces où les laïcs puissent partager la vie, le charisme et l’apostolat propre des communautés, spécialement la prière et le service des pauvres. De grands pas ont été faits dans ce domaine depuis Vatican II mais il y a encore beaucoup à faire. Une plus grande participation des laïcs dans l’Église signifie redéfinir le rôle de la Hiérarchie, et, pour ainsi dire, « re-placer » le clergé. Les documents officiels de l’Église soulignent l’activité séculaire des laïcs, mais leur posent des limites. En vingt siècles d’histoire, à quel point avons-nous avancé sur le chemin de la participation et de la coresponsabilité déjà connues dans les premières communautés où Priscille et Aquilas avaient un rôle de première importance ? Ces mêmes documents indiquent aussi la possibilité de la participation des laïcs au sein de l’Église comme ministres ; dans nos communautés, qu’a t-on fait en pratique ? Le document Vita Consecrata nous pousse à aller encore plus loin : Il est donc urgent de faire quelques pas concrets, en commençant par ouvrir aux femmes des espaces de participation dans divers secteurs et à tous les niveaux, y compris dans les processus d’élaboration des décisions, surtout pour ce qui les concerne[15]. Quels pas devrions-nous faire au niveau de nos communautés religieuses pour chercher une présence féminine plus signifiante dans l’Église et dans le monde ?

 Conclusion.

La collaboration sera profondément ecclésiale à condition qu’il y ait une profonde conviction dans l’Église sur l’appel universel à la sainteté, sur l’appel universel à la Mission et sur l’appel universel à créer la civilisation de l’amour. D’autre part, la collaboration sera plus efficace à condition que les Institutions soient au clair et mettent à jour leur charisme. En définitive, la collaboration jaillira de la reconnaissance du laïcat et de la conviction que les laïcs ont un rôle de plus en plus important, chaque jour, dans l’Église.



[1] Pour cette première partie, j’ai beaucoup puisé dans  deux articles du P. Maloney, Supérieur Général de la CM. :  Le rôle des laïcs dans notre Famille vincentienne » et « Le profil du laïc vincentien au XXIe siècle.(inédits)

[2] Rm 16, 4.

[3] Cf. Mc 1, 15 ; Mt 28, 19-20

[4] Evangelii Nuntiandi, 15

[5] Christifideles Laici, 16

[6] Lumen Gentium 11; Apostolicam Actuositatem 11

[7] 1Tm 4, 12

[8] Repartir du Christ 31

[9] Cf. Mt 25, 31-48

[10] Une étude récente recense 267 groupes vincentiens nés tout au long de l’histoire depuis saint Vincent dont 167 sont toujours en vie. Cf. Betty Ann McNeil , D.C. « The Vincentian Family Tree », Vincentian Studies Institute, 1996.

[11]  Jean-Paul II à l’Assemblée Générale de la C.M., 1986

[12] Vita consecrata, 54

[13] V. Codina-M.Zevallos, Vida religiosa : Historia y Teologìa, ed. Paulinas, Madrid, 1987, p. 188

[14] Novo Millennio Ineunte 33

[15] Vita Consecrata 58

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