La
session de Fain 2003 a été pour nous l’occasion de rejoindre le sillage de
l’Année du Rosaire. Cela s’est fait pendant une marche,
tôt le matin, et dans le souvenir de Catherine, en méditant le Rosaire.
Puis vint ensuite la réflexion autour d’une question : Que retenir de
l’Année du Rosaire pour mieux vivre cette prière personnellement ? Cinq
points vont retenir notre attention pour dégager l’essentiel de notre démarche.
F
OUBLIER
TOUTES LES OBJECTIONS….
Même si nous traversons une période qui n’aime
pas l’adjectif « marial » parce qu’elle ne le comprend pas, il
faut oublier toutes les objections qui peuvent être faites à l’encontre de
cette prière que le Pape Jean Paul II nous explique et nous recommande dans sa
lettre.
Ces objections, on les entend souvent : débilité
d’une prière qui répète autant de Je vous salue Marie ;
superstition, parce qu’il y a un objet pour la faire, le chapelet qui est béni
… etc… Sans doute n’y a-t-il pas eu pour ces personnes de véritable expérience
de la prière ? La seule réponse, c’est que tout en ayant une caractéristique
mariale, la prière du Rosaire est une prière dont le centre est Jésus Christ.
F
REGARDER
L’HISTOIRE…
C’est là, en effet, que nous découvrons que la
prière du Rosaire a une source et même, une source très claire, très pure.
C’était à une époque où il n’y avait pas de livres ; sauf la Bible
et le gros missel des monastères. C’était dans ces livres que l’on puisait
telle ou telle phrase pour sa prière personnelle, dans la journée. C’est de
cette manière de faire qu’est né le premier Je vous salue Marie,
composé par les deux phrases que nous disons encore aujourd’hui, la
salutation de l’Ange et celle d’Elisabeth.
Et puis pour être davantage encore en lien avec
tout l’Evangile, un moine compose une liste de cinquante petites
phrases
qui correspondent à cinquante événements de la vie de Jésus. On les appelle
des « clausules ». Elles viennent se placer tout naturellement après
le nom de Jésus. « Et le fruit de vos entrailles est béni : Jésus
qui est né pour nous sauver ». Faire ainsi, c’est parcourir l’Evangile
avec Marie…
Voilà la source de la prière du Rosaire :
les deux salutations de l’ange et d’Elisabeth, qu’on ne peut éviter ni
changer, puisque c’est le début du mystère du salut. A cette époque, on ne
disait pas « Sainte Marie », qui n’existait pas encore.
Pour compléter personnellement la petite phrase qui se rapporte au nom
de Jésus… il y a deux éléments : un qui ne change pas, l’autre qui
change parce qu’il est la part personnelle que j’apporte à la prière.
Dans le grand univers, comme dans le petit univers
que je suis, rien ne tourne en rond. Le circuit des planètes n’est pas un
rond, mais une ellipse avec ses deux pôles.

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les 2 salutations
« Je vous salue Marie »
La clausule
Dans la prière, qui est un acte vivant, il y a
aussi deux pôles :
-
l’un,
c’est le langage que je reçois ; dans ce cas précis, ce sont les deux
phrases de l’Evangile ; je ne peux que le re-dire
-
l’autre, c’est la
clausule, qui vient de moi, qui change, que je dis avec toute ma foi.
S’il
n’y a pas ces deux pôles, cela veut dire qu’il n’y a pas d’ellipse. Et
donc, on tourne en rond et on tombe dans le domaine de la simple répétition mécanique,
qui finit pas ennuyer, parce qu’elle n’a pas de sens.
De
même une autre expérience nous donne une indication. En classe, on ne peut réciter
une leçon, en pensant à autre chose. Il faut être engagé tout entier dans
les mots qu’on prononce. C’est une constatation qui nous aide à comprendre
aussi le rôle de la clausule. Voici l’exemple : c’est le moment de réciter
la dizaine du 3ème mystère joyeux : Noël. Ce mystère est énoncé
avant de commencer la dizaine. Celle-ci commence… il est impossible de penser
en même temps à Bethléem. Il faut être tout entier dans les paroles que l’on
prononce. Alors voici le beau rôle de la clausule : on dit le Je vous
salue Marie et on ajoute après le nom de Jésus la ou les clausules qui
s’inspirent du récit de Noël. Par exemple : Jésus que vous avez
couché dans une mangeoire, ou bien Jésus qui a eu la visite des bergers,
ou d’autres encore. Ainsi, et c’est très important, la clausule permet de
redire les deux salutations, sans tension, en y étant présent, et
elle nous relie au mystère de Bethléem qui n’est pas oublié.
Voilà
comment la prière du Rosaire s’est manifestée dès le début. Dans une
grande simplicité, dans le respect de notre mécanisme interne, qui ne
peut faire qu’une chose à la fois. Et le pape Jean Paul II souligne que cette
façon de faire ne s’est jamais éteinte dans certaines régions.
La
source nous montre donc que la prière du Rosaire est une prière toute entière
évangélique :
- Les deux phrases principales
sont tirées de l’Evangile de St Luc ;
-
L’insistance
est mise sur le nom de Jésus, qui est Lui-même la Bonne Nouvelle ;
-
les
clausules ne font que réintroduire encore de l’Evangile.
La prière du Rosaire manifeste la dimension
mariale de toute vie chrétienne, c’est à dire notre attention de cœur, à
la présence maternelle de Marie dans notre vie. Cette dimension particulière
n’enferme pas dans la « sphère mariale » comme certains le
croient. Au contraire, Marie joue son rôle maternel, qui est de nous conduire
vers Jésus, le Sauveur.
F
RETROUVER
LE VRAI SENS DU MOT MYSTERE………..
C’est
un mot technique qui appartient au domaine religieux. Le langage courant parle
des mystères de la religion. Ce sont des réalités qui dépassent la lumière
de notre intelligence. Et donc, on ne peut les comprendre. C’est une définition
qui n’est pas satisfaisante.
La
prière du Rosaire utilise beaucoup le mot : « mystère ».
Il y en a 20 qui sont nommés. Ils sont tous comme le reflet d’un unique mystère :
celui que St Paul appelle le Mystère caché depuis toujours et révélé
à la plénitude des temps. Ce mystère n’est pas un message, c’est une
« Présence ». Le Fils du Dieu invisible s’est fait homme, pour
pouvoir s’adresser aux hommes, comme à des amis. Ce qui
veut dire que ce Mystère est une personne en qui Dieu et l’homme sont
unies. Celui qui est invisible veut faire quelque chose pour nous. Il vient nous
inviter à entrer en communion avec Lui, pour partager sa Vie. C’est le Mystère
du Salut.
Marie,
à Nazareth, entend cette annonce. L’enfant qui va naître d’Elle va grandir
et accomplir son pèlerinage terrestre. Dans ce déroulement, il y a les mystères
joyeux, lumineux, douloureux, glorieux. Ce sont des « évènements de la
vie de Jésus, tous reliés au Mystère de l’Incarnation, c’est-à-dire au
secret que Jésus porte en Lui : son « identité profonde de Fils de
Dieu ». C’est pourquoi, ces événements de la vie de Jésus peuvent
s’appeler aussi « mystères ». Ils ont un sens et une efficacité pour
nous. Jésus naît pour nous, Il meurt pour nous, Il
ressuscite pour nous, Il nous donne l’Esprit. Il nous
attend dans son Royaume.
Or,
nous le savons tous, un secret se dit de personne
à personne, dans l’amitié. C’est ce qui s’est passé :
-
Le
jour d’ l’Annonciation : l’Ange Gabriel dévoile ce secret à Marie
« Tu enfanteras un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera
grand et sera appelé Fils du Très
Haut ».
Ce
secret, c’est donc Quelqu’un.
-
Le
jour de la Visitation, c’est l’Esprit Saint qui donne un signe à Elisabeth,
par lequel elle reconnaît l’Enfant que Marie porte en Elle.
On
pourrait dire qu’aujourd’hui, la prière du Rosaire nous oriente vers ce même
secret de l’Incarnation. Là, c’est Marie Elle-même qui propose aux
croyants ce même « Secret » à travers les « mystère-évènements »
qu’Elle a vécus avec Lui et qui sont ses Souvenirs.
C’est
ainsi que la prière du Rosaire nous familiarise avec le grand secret de l’Incarnation.
Là, c’est Marie elle-même qui, au fil des Je vous salue Marie, nous
conduit jusqu’à Lui. Cela, c’est vivre le « Voici ta Mère ! »
C’est, comme St Jean, accueillir Marie chez nous ! C’est chercher à
entrer dans le rayonnement de son amour maternel.
Avec le cœur et les yeux de Marie, nous regardons tous ces « évènements-mystères »
pour qu’ils nous rappellent ce que Jésus (qui veut dire : Dieu sauve) a
fait pour nous !
F
PRIER
LE ROSAIRE : C’EST
CONTEMPLER !
Aujourd’hui,
le mot de contemplation n’est guère utilisé. Car on ne sait plus faire cet
acte. Et pourtant, c’est la marque propre de la prière du Rosaire. Privée de
cette dimension, elle serait dénaturée. Ce ne serait plus la prière que présente
l’Eglise. En effet, sans la contemplation, le Rosaire est un « corps
sans âme ». Il devient simple répétition de formules.
Contempler,
c’est regarder avec émerveillement. Pendant la prière du Rosaire, contempler
c’est regarder avec les yeux et le cœur de Marie, le déroulement des vingt
« évènements-mystères » de la vie de Jésus. Il faut que le
rythme soit calme, que l’on prenne son temps pour mieux contempler ces
tableaux de l’Evangile. C’est la clausule qui les décrit. Une image peut
aider à comprendre une telle démarche. C’est celle du ski en montagne. Il y
a la partie remontée ; c’est toujours la même, le même trajet, puisque
les pylônes sont fixes. Ce sont les paroles du Je vous salue Marie. La
descente elle-même, c’est la clausule. Elle réclame toute notre attention,
toutes les forces de notre cœur.
La contemplation, c’est se souvenir du Christ avec Marie. Ce souvenir
n’est pas seulement un hier, mais
un aujourd’hui, car le Christ est vivant. L’Evangile n’est pas d’abord
un livre, mais Quelqu’un. Par cette prière, Marie nous aide à tisser un lien
d’amitié avec Lui. Elle, qui conservait tout dans son cœur, continue de nous
livrer ses souvenirs, aujourd’hui, pour nous permettre de faire une rencontre
personnelle avec le Christ ressuscité présent dans le monde et dans ma vie.
Voici
quelques indications pour réussir cette rencontre :
Ø
n’avoir pas peur du
silence : il est nécessaire pour contempler
Ø
se souvenir que la répétition
est comme le chemin du cœur pour demeurer attentif à une présence invisible
Ø
reconnaître que le déroulement
des événements-mystères de la vie de Jésus, est la nourriture du regard
contemplatif, qui s’exprime dans les clausules.
Ø
placer le Sainte
Marie une seule fois, à la fin de la dizaine ; cela pour ne pas
interrompre sans cesse la contemplation par la demande. Il vient après le 10ème
Je vous salue. A cette place, il ne gêne pas ; et il y a la
possibilité d’ajouter des intentions concrètes après le « Prie
pour nous maintenant………
La
prière du Rosaire, ainsi vécue, c’est le chemin de Marie, le chemin de l’exemple
de sa foi. Prendre ce chemin avec Elle, n’est rien d’autre que contempler le
visage du Christ ressuscité et faire grandir en notre cœur le désir de faire
connaître le grand « Secret de l’Incarnation », le Mystère du
Salut.
Père Emery, op.
aumônier
JM de la région Ouest de la France
Courrier des responsables, Nov 2003.