1. LE SUJET ET LA FIN DE TOUTES LES INSTITUTIONS EST LA PERSONNE HUMAINE
Il existe une relation d’interdépendance entre l’homme et la société car l’ordre social s’appuie sur l’homme qui, à son tour, construit cet ordre à travers de gestes de solidarité et d’amour : « De la conception chrétienne de la personne, il résulte que le caractère social de l'homme ne s'épuise pas dans l'Etat, mais il se réalise dans divers groupes intermédiaires » (Jean Paul II, CA, n.13).
Nous partons de l’idée que les relations entre la personne et la société sont mutuelles et nécessaires. De cette interrelation mutuelle, nous pouvons affirmer avec la « Gaudium et spes » que: « le caractère social de l'homme fait apparaître qu'il y a interdépendance entre l'essor de la personne et le développement de la société elle-même » (GS, 25 a).
Nous pouvons donc définir la personne humaine comme un être social par nature, mu par un besoin inné de l’autre et par une tendance naturelle à communiquer avec les autres. Comme l’affirme le Concile: « l'homme ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même » (GS,n. 24).
Nous pourrions nous demande quels sont les principes et les valeurs permanentes de la communauté humaine … Essayons d’en énumérer quelques-uns :
§ Sociabilité et socialisation
§ Culture de dialogue et pluralisme
§ L’amour comme énergie créatrice
§ Le mariage et la famille
§ Styles de vie basés sur l’association
§ Volontariat et militance
§ Interdépendance et coopération
§ La charité active.
« Aussi, l'harmonie d'un groupe réclame-t-elle la reconnaissance et l'accomplissement des droits et des devoirs. Mais en outre chacun est appelé à concourir généreusement à l'avènement d'un ordre collectif qui satisfasse toujours plus largement aux droits et aux obligations » (PT, 31).
« L'homme reçoit de Dieu sa dignité essentielle et, avec elle, la capacité de transcender toute organisation de la société dans le sens de la vérité et du bien. » (C A 38.49).
2. AGIR AVEC INITIATIVE ET EN TOUTE LIBERTÉ
« La dignité de la personne humaine exige que chacun agisse suivant une détermination consciente et libre. Dans la vie de société, c'est surtout de décisions personnelles qu'il faut attendre le respect des droits, l'accomplissement des obligations, la coopération à une foule d'activités. L'individu devra y être mû par conviction personnelle ; de sa propre initiative, par son sens des responsabilités, et non sous l'effet de contraintes ou de pressions extérieures » (PT, n. 34).
3. LA FAMILLE EST LA PREMIÈRE STRUCTURE FONDAMENTALE DE L’ECOLOGIE HUMAINE
Parmi les multiples facettes du magistère du pape Jean Paul II, ses enseignements à propos du mariage et de la famille occupent, sans aucun doute, une place importante. Suivant l’anthropologie théologique du Concile Vatican II, surtout celle développée par la “Gaudium et spes”, le Pape a très intimement lié le destin de la famille et celui de l’humanité, étant donné que la famille « est le lieu le plus sensible où nous pouvons tous mettre le thermomètre qui nous indique quelles sont les valeurs et les contre-valeurs qui animent et rongent la société dans un pays donné » (Visite au Chili, Rodelillo n.7). Les premières notions de vérité et de bien s’acquièrent dans la famille ; elle constitue également la base dans l’expression de l’amour car elle est le lieu de l’expérience d’aimer et d’être aimé.
Quand nous parlons de groupes intermédiaires qui aident dans les relations sociales de vie en commun, le point de départ est la famille, suivie des groupes économiques, politiques, culturels… La famille a une valeur fondamentale car en elle se cristallisent et prennent visage, « naturellement », c’est-à-dire de façon spontanée et directement expérimentable, la valeur de la vie et de l’amour. Bien que la culture dominante actuelle s’efforce de séparer ces deux dimensions, en proclamant qu’un amour fermé à la transmission de la vie ou qu’une vie fermée à l’expérience de l’amour sont possibles, la famille enseigne au contraire que la vérité contenue dans l’une et l’autre valeur devient consistante quand les deux sont comprises conjointement et peuvent être vérifiées existentiellement à partir du lien familial. La famille constitue donc le sanctuaire de la vie et de l’amour, le siège de la culture de la vie :
« … En effet, elle est sacrée, elle est le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d'une croissance humaine authentique. Contre ce qu'on appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie » (CA, n. 39)
L’amour et la vie sont donc deux mots qui trouvent leur plénitude dans l’être humain, au milieu de toute la création. Cependant, pour qu’il en soit ainsi, il faut que l’être humain développe sa conscience d’être personnel, c’est-à-dire d’être un centre d’intelligence et de liberté qui ne peut être qu’une fin en soi, qui ne peut être utilisé ou instrumentalisé par d’autres comme moyen et qui peut choisir de s’ouvrir à la vérité de la vocation humaine ou, au contraire, de s’enfermer sur elle-même.
La culture de la mort se fonde précisément sur la perception que tout être humain, par le seul fait d’exister, est un agresseur injuste et qu’il vaudrait mieux pour tous qu’il n’existe pas. La culture de la vie, dont doit témoigner la famille, se fonde au contraire sur la perception du fait que toute vie humaine est un don de Dieu qui a la capacité de chercher et de connaître Dieu, de choisir librement le bien et de comprendre que l’amour est la plénitude de la loi. « Gaudium et Spes » l’exprime avec éloquence dans un très beau paragraphe:
« Dieu, qui veille paternellement sur tous, a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères. Tous, en effet, sont appelés à une seule et même fin, qui est Dieu Lui-même. » Et elle ajoute : « quand le Seigneur Jésus prie le Père pour que " tous soient un..., comme nous nous sommes un ". (Jean 17, 21-22), Il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et Il nous suggère qu'il y a une certaine ressemblance entre l'union des Personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l'amour. Cette ressemblance montre bien que l'homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même (n. 24).
La vie humaine a de la valeur en soi et pour cela toute personne est une compagnie vers notre destin, quelqu’un qui mérite d’être acceptée et aimée pour elle-même, quelqu’un qui attend que notre liberté favorise la sienne pour reconnaître le bien et parvenir à la plénitude de son existence. C’est ce qui est immédiatement mis en jeu dans la relation des époux entre eux et de ceux-ci avec leurs fils. Si, comme nous enseigne le Concile, Dieu aime chaque personne humaine pour soi-même, le motif de notre amour pour les personnes ne peut être autre qu’aimer leur destin, de l’amour même de Dieu, et la liberté qui leur a été donnée pour accepter pour elles mêmes le don de la vie en ce monde et la promesse de la vie éternelle en Christ ressuscité.
Pour cela, l’Exhortation Apostolique “Familiaris Consortio” définit l’identité la plus profonde de la famille comme “communauté profonde de vie et d’amour” avec « la mission de garder, de révéler et de communiquer l'amour, reflet vivant et participation réelle de I'amour de Dieu pour l'humanité et de l'amour du Christ Seigneur pour l'Eglise son Epouse » (FC 17).
« Pour dépasser la mentalité individualiste répandue aujourd'hui, il faut un engagement concret de solidarité et de charité qui commence à l'intérieur de la famille par le soutien mutuel des époux, puis s'exerce par la prise en charge des générations les unes par les autres » (CA, n. 49).
3. NÉCESSITÉ DE L’ÉGALITÉ, DE LA PARTICIPATION ET DE LA PROMOTION DE LA PERSONNE HUMAINE
Il existe un univers complexe d’associations qui favorisent le développement juste de l’humanité. Aussi, les pouvoirs politiques doivent-ils faire tout ce qu’ils peuvent pour enlever les obstacles qui empêchent la participation des citoyens dans la construction de leur propre société. Quand on nie, limite ou rend difficile pour les citoyens le droit de participer, par leurs idées, leurs opinions et leurs croyances, on viole la dignité de la personne.
Pour la Doctrine sociale de l’Eglise, le droit à la participation dérive de l’égalité fondamentale de tous les êtres humains. La mesure correcte de l’activité de l’homme est la promotion de la personne humaine, dans l’ensemble des conditions favorables que nous appelons « bien commun » (PT, no. 57).
Les peuples ne jouiront pas d’un développement intégral et solidaire tant qu’ils n’acquièrent pas une maturité politique qui leur permette de devenir responsables des « options et engagements qu’il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques » dans les communautés chrétiennes (OA, 4).