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 Doctrine Sociale

 

Doctrine Sociale de l´Église  - Fiche 4

SECOND PILIER : LES DROITS DE LA PERSONNE HUMAINE (A LA LUMIÈRE DU CONCILE VATICAN II)

 "… le Concile Vatican II constitue un événement providentiel par lequel l'Église a commencé la préparation immédiate du Jubilé du deuxième millénaire. " (Jean Paul II, TMA, # 18).

     La Lettre Apostolique « Tertio Millennio Adveniente » (TMA) nous renvoie à la Constitution Pastorale sur l’Eglise dans le monde actuel, « Gaudium et Spes » (GS). Cette Constitution est le fruit mûr du Concile, l’expression simple et vigoureuse de l’ouverture de l’Eglise au monde, de la profonde implication de l’Eglise dans les expériences humaines, dans les joies et les espoirs, les souffrances et les angoisses de toute personne. Ainsi le proclame le célèbre et splendide début du document :

 « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. » (GS 1).

    Nous tous, Vincentiens, nous pouvons également dire qu’il n’y a pas de misère qui nous soit étrangère. La Constitution « Gaudium et Spes » présente à une société incrédule les clés pour comprendre l’homme, ses problèmes, son destin et lui permettre ainsi d’avancer d’un pas sûr dans le mystère de la vie.

Le fil conducteur que développe le Concile est représenté par un binôme étroitement lié : la dignité et la liberté de la personne humaine. Car de la dignité dérivent tous ces droits et devoirs dont la pratique et l’accomplissement permettent à l’homme de vivre pleinement son aspiration à la liberté.

L’enseignement du Concile sur les droits de l’homme s’inspire du chemin tracé par le Magistère Pontifical précédent et développé par les pontificats successifs, jusqu’à devenir un arbre touffu qui plonge ses racines dans un terrain continuellement arrosé et qui se nourrit de principes inspirateurs que nous présenterons brièvement, en essayant de faire en sorte que ce soient les textes du magistère qui nous parlent.

 

1. LA DIGNITÉ DE LA PERSONNE HUMAINE, CRÉÉE À L’IMAGE DE DIEU,

    EST LE FONDEMENT DES DROITS DE L’HOMME.

     Cette vérité, pierre angulaire de notre édifice, remonte au pape Jean XXIII, qui nous a laissé en héritage l’Encyclique « Pacem in Terris » (11 avril 1963) au tout début de laquelle nous lisons une affirmation simple et claire :

« Le fondement de toute société bien ordonnée et féconde, c'est le principe que tout être humain est une personne, c'est-à-dire une nature douée d'intelligence et de volonté libre. Par là même il est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature : aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables » (PT, 1).

Le Pape Roncalli argumente sur le plan de la raison, préparant une base naturelle pour les droits de l’homme. Toutefois, il évoque en premier lieu la création de l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu ; ensuite, il ajoute :

   « Si nous considérons la dignité humaine à la lumière des vérités révélées par Dieu, nous ne pouvons que la situer bien plus haut encore. Les hommes ont été rachetés par le sang du Christ Jésus, faits par la grâce enfants et amis de Dieu et institués héritiers de la gloire éternelle. » (PT, 1e partie)

En même temps que cet ordre de la raison, Jean XXIII place l’ordre de la foi, garantissant ainsi aux droits de l’homme un soutien incomparablement plus solide, sur lequel il n’est cependant pas possible d’obtenir un consensus unanime.

Le Concile insiste spécialement sur la dignité de la conscience en partant de l’enseignement de saint Paul (Epître aux Romains) selon lequel il existe une loi inscrite dans le cœur de l’homme. Il reprend une fois de plus la « Pacem in Terris » qui exprime également que la conscience erronée ne perd pas sa dignité (GS, n.16).

En conclusion, la dignité de la personne humaine se base sur le fait qu’elle a été créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’être humain, en tant qu’être intelligent et libre, avec ses droits et ses devoirs, est le premier principe et comme le cœur et l’âme de l’Enseignement Social de l’Eglise. Tout être humain : le riche et le pauvre, le blanc et le noir, la personne âgée et le malade, l’enfant et même celui qui n’est pas encore né. L’embryon humain a aussi la dignité de personne humaine.

Voilà pourquoi l’Eglise ne se lassera jamais d’insister sur la dignité de la personne humaine, en réaction à tous les esclavages, les exploitations et les manipulations d’hier et d’aujourd’hui qui nuisent à la personne, pas seulement sur les plans politique et économique, mais aussi dans les domaines culturel, idéologique ou médical. La défense de la dignité de la personne humaine fait partie de la mission de l’Eglise. Le Code du Droit Canon demande que les prêtres, dans l’homélie de l’Eucharistie, « enseignent la doctrine que propose le Magistère de l’Eglise sur la dignité et la liberté de la personne humaine » (canon 768.2). Les laïcs chrétiens, qu’ils s’adonnent à une activité ordinaire ou à la politique active, doivent travailler pour que la personne humaine occupe vraiment le centre de la vie sociale.

2. LA DÉFENSE ET LA PROMOTION DES DROITS DE L’HOMME

    SONT PARTIE INTÉGRANTE DE LA MISSION DE L’EGLISE

Nous lisons cette phrase lumineuse  au début de la « Gaudium et Spes »:

  « Aucune ambition terrestre ne pousse l'Eglise; elle ne vise qu'un seul but: continuer, sous l'impulsion de l'Esprit Consolateur, l'œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver non pour condamner, pour servir non pour être servi » (n.3).

L’acharnement pour les droits de l’homme est une manifestation concrète de ce service. Le Concile a assumé l’aspiration croissante de l’homme de voir protégée sa dignité et a encouragé la connaissance progressive des droits de ceux dont elle est le titulaire. L’Eglise sait qu’une telle recherche ne s’épuise pas dans un horizon purement matériel. Les interrogations qui couvrent le sens de l’existence humaine ne peuvent trouver une réponse complètement satisfaisante que dans l’Evangile, dans la Bonne Nouvelle :

   « Aucune loi humaine ne peut assurer la dignité personnelle et la liberté de l'homme comme le fait l'Evangile du Christ, confié à l'Eglise. Cet Evangile annonce et proclame la liberté des enfants de Dieu, rejette tout esclavage qui en fin de compte provient du péché. C'est pourquoi l'Eglise, en vertu de l'Evangile qui lui a été confié, proclame les droits des hommes, reconnaît et tient en grande estime le dynamisme de notre temps qui, partout, donne un nouvel élan à ces droits. » (GS n 41).

Le rapport entre la mission évangélisatrice de l’Eglise et la promotion de la personne humaine a été par la suite soulignée par Paul VI et – surtout – par Jean Paul II, qui en a fait une idée-clé de son magistère.

Telle est la raison profonde de l’attention que l’Eglise réserve aux problèmes humains et qui la pousse à dénoncer l’injustice. Car son intérêt ne se limite pas à la revendication idéale d’un principe, sinon de l’homme avec ses besoins réels. Jean Paul II nous en offre un témoignage fréquent dans ses interventions: en se référant aux contextes locaux spécifiques, en indiquant des faits concrets plus graves et en présentant également ce thème comme intention de la prière universelle du Peuple de Dieu.

3. LA PERSONNE HUMAINE A UNE VALEUR PRIORITAIRE

    DANS CHAQUE SYSTÈME OU PROGRAMME POLITIQUE

Il s’agit d’une doctrine ancienne que le Concile confirme à travers une formule synthétique et chargée de contenu : «  La personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d'une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions. » (GS, 25).

Grâce à cette ouverture, les droits de l’homme sont sauvés de toute possible déviation de nature individualiste et ils trouvent leur plénitude dans l’articulation de la personne avec la communauté dans laquelle elle est insérée. Une articulation définie par le Concile comme une « interdépendance » (Ibid.), qui postule la nécessité de promouvoir le bien commun à la lumière de l’enseignement évangélique :   «  Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat » (Marc 2,27).       .

Jean Paul II reprend vigoureusement le thème de sa première Encyclique avec une argumentation originale. Le Pape note avec un douloureux étonnement que les droits de l’homme continuent d’être violés même en temps de paix, « un phénomène incompréhensible de lutte contre l’homme », bien qu’il n’existe « aucun programme qui, même avec des idéologies opposées quant à la conception du monde, ne mette l'homme au premier plan » (Redemptor Hominis, n.17). Pour le Saint Père, ce constat amer impose « le devoir …de soumettre ces programmes à une continuelle révision à partir des droits objectifs et inviolables de l'homme » (Ibid). Dans le discours prononcé à l’occasion de sa première visite aux Nations Unies (New York, 2 octobre 1979), Jean Paul II n’a pas laissé passer cette occasion extraordinaire pour revenir sur le sujet, dénonçant en présence des représentants des Etats la violation continuelle des droits de l’homme perpétrée « sous le prétexte de la sécurité interne et de la nécessité de conserver une paix apparente » (n.8).

4. LE RESPECT DES DROITS DE L’HOMME

    EST LE CRITÈRE POUR JUGER LA LÉGITIMITÉ DE CHAQUE POUVOIR

     Dans la perspective de la « Gaudium et Spes », la « communauté civile » se constitue en « communauté politique » pour parvenir à la réalisation du bien commun, défini comme : « l'ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s'accomplir plus complètement et plus facilement » (n. 74). Les autorités chargées de la communauté politique sont là pour exercer le pouvoir reçu « dans les limites de l'ordre moral…conformément à un ordre juridique légitimement établi ou à établir. Alors les citoyens sont en conscience tenus à l'obéissance » (Ibid). Jean Paul II a répété avec une grande clarté cet enseignement dans sa première encyclique :

   « Le devoir fondamental du pouvoir est la sollicitude pour le bien commun de la société; de là dérivent ses droits fondamentaux. Au nom de ces prémisses relatives à l'ordre éthique objectif, les droits du pouvoir ne peuvent être entendus que sur la base du respect des droits objectifs et inviolables de l'homme.... C'est ainsi que le principe des droits de l'homme touche profondément le secteur de la justice sociale et devient la mesure qui en permet une vérification fondamentale dans la vie des organismes politiques. » (Redemptor Hominis, n.17).

5. LA RECONNAISSANCE DES DROITS DE L’HOMME

    NE PEUT FAIRE ABSTRACTION DES DEVOIRS QUI Y SONT LIÉS

     Ce principe, déjà formulé par Jean XXIII, dans la « Pacem in Terris » (1e partie), apparaît également dans la  « Gaudium et Spes »: « Les droits de toutes les personnes, des familles et des groupes, ainsi que leur exercice, doivent être reconnus, respectés et valorisés, non moins que les devoirs civiques auxquels sont astreints tous les citoyens. » (n.75).

     Pour le Magistère de l’Eglise, le premier devoir de l’homme est de respecter la Loi Divine. Les Pères conciliaires rappellent que le processus d’affirmation des droits de l’homme est « garanti contre toute idée de fausse autonomie » et avertissent que « nous sommes en effet exposés à la tentation d'estimer que nos droits personnels ne sont pleinement maintenus que lorsque nous sommes dégagés de toute norme de la Loi divine. Mais, en suivant cette voie, la dignité humaine, loin d'être sauvée, s'évanouit. » (GS, n. 41). Le Concile veut mettre en lumière l’intégralité de la notion de la dignité humaine, qui ne serait pas complète si l’homme était seulement porteur de droits, incapable de reconnaître la responsabilité envers le Créateur lui-même et envers ses semblables. La perspective conciliaire assume la vocation communautaire de la personne humaine :

«  Que tous prennent très à coeur de compter les solidarités sociales parmi les principaux devoirs de l'homme d'aujourd'hui, et de les respecter. En effet, plus le monde s'unifie et plus il est manifeste que les obligations de l'homme dépassent les groupes particuliers pour s'étendre peu à peu à l'univers entier. » (GS, n.30)

     Une des caractéristiques du Concile, de grande actualité, a été la dénonciation du repliement individualiste et de l’égoïsme social, favorisés par une idéologie libérale dans le champ économique, orientée uniquement par les dites « lois du marché » soumises à deux forces presque magiques : « mondialisation » et « privatisation ».

6. LA JOUISSANCE DES DROITS DE L’HOMME PAR TOUTES LES CATÉGORIES

    EST LA CONDITION DU DÉVELOPPEMENT AUTHENTIQUE D’UNE PAIX SOLIDE

     L’avant-propos de la « Gaudium et Spes » présente un diagnostic de la situation dans laquelle se trouve l’homme dans la seconde décade du 20e siècle, reconnaissant l’aspiration de l’humanité à « instituer un ordre politique, social et économique qui soit toujours plus au service de l'homme, et qui permette à chacun, à chaque groupe, d'affirmer sa dignité propre et de la développer » (n. 9). En plus de rappeler que « les peuples de la faim interpellent les peuples de l'opulence », le document conciliaire révèle que « les travailleurs, ouvriers et paysans, veulent non seulement gagner leur vie, mais développer leur personnalité par leur travail. Mieux, participer à l'organisation de la vie économique, sociale, politique et culturelle. » (Ibid.).

     Se profile ainsi le concept de développement intégral qui sera illustré par Paul VI dans l’Encyclique « Populorum Progressio », publiée un an à peine après le Concile (26 mars 1967). Ce concept, admirablement résumé dans la formule « promouvoir tout homme et tout l’homme » (n. 14), repose sur la catégorie de l’être plutôt que sur celle de l’avoir (cf. n.18-19) et est orienté vers « le passage, pour chacun et pour tous, de conditions moins humaines à des conditions plus humaines » : l’échelon le plus élevé est la « la reconnaissance par l'homme des valeurs suprêmes, et de Dieu qui en est la source et le terme » (n. 21).

Un tel développement est « le nouveau nom de la paix ». Il s’agit là la célèbre définition de l’Encyclique (n.37, cf. Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987) qui a prolongé la piste déjà ouverte par l’enseignement social de l’Eglise avec la « Quadragesimo Anno » (15 mai 1931). De même avec « Mater et Magistra » (15 mai 1961),  à travers laquelle la communauté internationale a avancé progressivement jusqu’à l’adoption, vingt ans plus tard, du Droit au Développement par l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 10 décembre 1986.

Après avoir écrit dans la « Redemptor Hominis » qu’« en définitive, la paix se réduit au respect des droits inviolables de l'homme » (n. 17), Jean Paul II, dans l’Encyclique Sollicitudo Rei Socialis publiée à l’occasion du 20e anniversaire de la « Populorum Progressio », explique qu’ « un type de développement qui ne respecterait pas et n'encouragerait pas les droits humains, personnels et sociaux, économiques et politiques, y compris les droits des nations et des peuples, ne serait pas non plus vraiment digne de l'homme » (n. 33). Pour Jean Paul II, le développement de la personne humaine est donc au centre de la société. Toute la société, avec ses structures, ses organisations et fonctions, a pour devoir d’orienter la vie économique et sociale de telle sorte qu’elle permette à un plus grand nombre de personnes de développer leurs qualités et de satisfaire leurs justes désirs de perfection et de bonheur.

7. LA TUTELLE DE LA LIBERTÉ DE RELIGION

    EST LA MESURE DU PROGRÈS DE CHAQUE SOCIÉTÉ

 

     Le Concile Vatican II a souligné un changement significatif dans l’enseignement de l’Eglise en matière de liberté religieuse, présentant clairement cette liberté comme un droit de l’homme que l’ordre juridique doit avoir sous sa tutelle dans les confrontations de tous les citoyens, reconnaissant ainsi l’importance de la laïcité de l’Etat.

            Cet enseignement se trouve présentée dans la Déclaration « Dignitatis Humanae » du 7 décembre 1965 qui développe les éléments déjà présents dans le Magistère de Léon XIII, de Pie XII et de Jean XXIII. Le document commence par évoquer la connaissance progressive de la dignité humaine et l’aspiration croissante à la liberté qui caractérisent l’époque contemporaine. Ensuite, elle affirme solennellement :

  

« Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience… » (n. 2)

     Le document réclame par la suite l’obligation morale de chercher la vérité et de s’en inspirer pour le comportement, car la liberté de religion ne se fonde pas « dans une disposition subjective de la personne mais dans sa nature » (Ibid).

     Jean Paul II a repris avec force cet enseignement dès sa première Encyclique. Pour le Pape, la violation de la liberté religieuse est « une injustice radicale affectant ce qui est particulièrement profond dans l'homme, ce qui est authentiquement humain » (Redemptor Hominis, n.17). Il a personnellement expérimenté la situation difficile du croyant dans un régime dans lequel « seul l’athéisme a droit de citoyenneté dans la vie publique et sociale » et se dirige aux responsables internationaux avec des mots fermes : « Il ne s’agit d’avoir des privilèges mais plutôt du respect d’un droit élémentaire. La validité de ce droit est une des vérifications fondamentales de l’authentique progrès dans tout régime, dans toute société, système ou milieu ».

8. EN GUISE DE CONCLUSION

     Pour conclure, nous pouvons indiquer trois profils qui se trouvent implicitement esquissés dans le Concile et qui ont été traités de façon explicite par le Magistère postérieur, en relation avec des thèmes connexes avec la dignité humaine :

     A) Avant tout, la problématique du droit à la vie. Dans la « Gaudium et Spes » figure une ferme condamnation de tous les actes contre la vie, de l’homicide, du génocide, de l’avortement, de l’euthanasie et du suicide (cf. n. 27). Ce thème a été par la suite particulièrement développé par le Magistère postérieur, en confrontation avec la tendance de beaucoup de Parlements, surtout des pays occidentaux, à légiférer en de telles matières dans un sens permissif. Jean Paul II n’a cessé d’insister de façon détaillée et abondante sur les menaces actuelles contre la vie, jusqu’à évoquer l’existence d’une « culture de la mort » (cf. Evangelium Vitae, 25 mars 1995, n.21,28, 50), face à laquelle l’Eglise doit proclamer l’Evangile de la Vie.

L’inquiétante interrogation sur les formes que doit assumer la vie humaine demeure encore sans réponse avec la diffusion d’une technologie génétique qui acquiert le plus souvent la connotation d’une vraie manipulation de l’embryon humain, apparemment sans limites. En effet, les tentatives pour lancer une claire législation sur la bioéthique, à l’échelle nationale ou internationale, semblent plutôt être un palliatif destiné à consentir que l’investigation scientifique et technologique procède à mains libres, faute d’une solide vision anthropologique de la dignité qui accompagne la vie humaine de sa conception jusqu’à son terme naturel. Sur ce point, il convient de souligner la sagesse juridique du continent américain qui, dans le travail de la Convention Américaine des Droits de l’Homme, n’a cessé d’assurer la protection du droit à la vie dès le moment de sa conception.

     B) En second lieu, les textes du Concile ne font pas explicitement référence à l’activité intergouvernementale dans le domaine des droits de l’homme. Dans la « Pacem in Terris », Jean XXIII (rompant le silence de plus de 15 ans du Magistère) avait mentionné positivement, bien qu’avec une certaine réserve, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée le 10 décembre 1848 par les Nations Unies. En 1965, il manquait encore cette floraison d’instruments juridiques nés après la fin du Concile avec l’adoption par l’Assemblée Générale des Nations Unies, en 1966, des deux pactes internationaux, celui des droits civils et politiques et celui des droits économiques, sociaux et culturels. Par la suite, Paul VI et Jean Paul II ont manifesté à plusieurs reprises l’appréciation du Saint Siège pour une œuvre tellement importante de codification, soulignant la valeur de la Déclaration Universelle, définie dans le discours du Pape aux Nations Unies à l’occasion de sa seconde visite comme « une des plus hautes expressions de la conscience humaine de notre temps » (New York, 5 octobre 1955).

La valorisation d’une telle oeuvre a été jusqu’à présent positive, mais une certaine réserve commence à se manifester suite aux plus récentes initiatives des Nations Unies, après la Conférence Mondiale sur les Droits de l’Homme tenue à Vienne en juin 1993. Il suffit pour cela de considérer les courants nés de la Conférence sur la population et le développement (Le Caire, septembre 1994) et de la Conférence sur les Femmes (Pékin, septembre 1995), tendant à identifier de prétendus nouveaux droits de l’homme, comme celui de l’avortement ou de l’orientation sexuelle ; ils révèlent une inquiétante déviation du tronc originaire des droits fondamentaux.

       C) En troisième lieu, une réflexion sur la justice dans l’Eglise est présente dans l’enseignement post-conciliaire sur les droits de l’homme. Jean Paul II a clairement affirmé au tout début de son pontificat que « … la justice est principe de l’existence de l’Eglise comme Peuple de Dieu » (Discours à l’Audience Générale, 8 novembre 1978). Et il a insisté sur le fait que « … le devoir de l’Eglise et le mérite historique de celle-ci de proclamer et de défendre en tout lieu et en tout temps les droits fondamentaux de l’homme, loin de l’exempter, l’oblige plutôt à être devant le monde comme un miroir de justice » (Discours à la Cour du Rotin Sacré, 17 février 1979, n.1).

Ce regard autocritique et en même temps plein d’amour, exigeant pour l’Eglise, n’ignore pas l’histoire. Dans la Lettre Apostolique « Tertio Milenio Adveniente », nous lisons:

« …Il y a un autre chapitre douloureux sur lequel les fils de l'Église ne peuvent pas ne pas revenir en esprit de repentir : le consentement donné, surtout en certains siècles, à des méthodes d'intolérance et même de violence dans le service de la vérité » (n.35). Et encore  « au seuil du nouveau millénaire, les chrétiens doivent se mettre humblement en présence du Seigneur pour s'interroger sur les responsabilités qu'ils ont, eux aussi, dans les maux de notre temps. » (n. 36)

        La conversion est un passage obligé que le chrétien sera toujours appelé à parcourir, s’il veut être fidèle à sa mission et participer ainsi à la marche de l’Eglise, pèlerine dans l’histoire, qui « chemine avec toute l’humanité et fait l’expérience avec le monde de la même chance terrestre ; elle est comme le ferment et presque l’âme de la société humaine, destinée à se renouveler dans le Christ et à devenir la famille de Dieu » (n.40).

L’Eglise a reçu le mandat d’annoncer son message de salut, d’amour et d’espérance et de le faire vivre à toutes les personnes et à toutes les situations. Ce message est destiné à s’incarner même si elle est en contradiction avec la réalité environnante. Mais elle est capable d’orienter et de soutenir en quelque sorte les hommes dans leur longue et parfois tortueux itinéraire vers l’accomplissement du Royaume. Tout cela dans une tension eschatologique qui est la clé de l’engagement chrétien au service des droits de l’homme, jusqu’à devenir un témoignage d’amour même au milieu des inévitables polarisations.

Aider les victimes avec tous les moyens à notre disposition, partager les souffrances à partir d’une présence solidaire, éloigner la tentation de la désespérance qui conduit les hommes à la violence: voilà la difficile tâche qui revient à l’Eglise dans le domaine des droits humains, tâche qu’elle doit développer en collaboration avec les autres confessions religieuses, avec les religions non chrétiennes, avec les hommes de bonne volonté, selon l’enseignement du Concile assumé comme propre par le Pape lui-même. L’Eglise ne doit pas se lasser, d’autre part, d’inspirer également ces transformations structurelles en vue d’agir sur les causes profondes des violations des droits de l’homme, en offrant aux chrétiens qui assument la responsabilité dans le champ temporel l’aide d’une doctrine sociale qui nourrissent leur engagement.

C’est vrai qu’il est possible de noter aujourd’hui certains signes de fatigue dans l’action en faveur des droits de l’homme ; toutefois, nous devons reconnaître avec Jean Paul II que cette action demeure un aspect crucial de la mission pastorale de l’Eglise. Cette conviction est un point de non-retour: sur ce plan, l’Eglise doit continuer à avancer sans se lasser, surtout dans l’action éducative, faisant preuve de l’imagination nécessaire pour découvrir une méthodologie adéquate aux défis qui se posent au début du Troisième Millénaire. Que les ombres ne nous empêchent pas de percevoir les sources de la lumière ! Il s’agit d’un chemin commencé il y a longtemps, orienté par le phare du Concile. Il ne reste plus qu’à poursuivre dans la conviction que, comme le Pape l’a écrit, nous devons entreprendre un « engagement renouvelé d'appliquer, autant que possible fidèlement, l'enseignement de Vatican II à la vie de chacun et de toute l'Église » (Tertio Millennio Adveniente, 20).

FICHE RÉSUMÉ : LA PERSONNE HUMAINE,

SUJET DE DROITS ET DE DEVOIRS

1. DROITS DE LA PERSONNE HUMAINE :

Ø                 DROIT À L’EXISTENCE ET À UN NIVEAU DE VIE CONVENABLE.

Ø                 DROIT À LA BONNE RÉPUTATION, À LA VÉRITÉ ET À LA CULTURE.

- Possibilité de chercher librement la vérité

- Manifester et diffuser ses opinions

- Exercer une profession

- Disposer d’une information objective

- D’une instruction fondamentale commune

- D’une formation technique et professionnelle

Ø      DROIT AU CULTE DIVIN (LIBERTÉ DE RELIGION)

- de vénérer Dieu selon sa conscience

- de professer la religion en privé et en public

- droits familiaux

- d’élire l’état de vie que vous préférez

- de fonder une famille

- de suivre la vocation sacerdotale ou religieuse

Ø      DROITS ECONOMIQUES

- à la possibilité de travailler

- à la libre initiative dans l’exercice du travail

-à exiger de dignes conditions de travail

- de la femme à des conditions compatibles avec les exigences et les devoirs d’épouse et de mère

Ø      DROIT À LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE

- Aux biens, y compris ceux de production (ce droit entraîne une fonction sociale).

Ø      DROIT DE RÉUNION ET D’ASSOCIATION

- De s’associer

- D’agir librement à l’intérieur des associations.

Ø      DROIT D’INTERVENIR DANS LA VIE PUBLIQUE

            - De participer activement à la vie publique. 

Ø      DROIT A LA SÉCURITÉ PUBLIQUE

            - A la légitime défense de ses propres droits

            - A une défense efficace, égale pour tous et régie par la justice.

2. DEVOIRS DE LA PERSONNE HUMAINE :

Ø      RELATION ENTRE DROITS ET DEVOIRS

_ Les droits sont unis à des devoirs

_ Au droit à la vie correspond le devoir de la conserver

_ A un digne niveau de vie, le devoir de vivre décemment

_ A la recherche de la vérité, le devoir de le faire en profondeur.

Ø      LE DEVOIR DE RESPECTER LES DROITS D’AUTRUI

_ Au droit correspond le devoir de le reconnaître

Ø      LE DEVOIR DE COLLABORER AVEC LES AUTRES

            _ La vie en commun des êtres humains exige qu’on reconnaisse les droits des autres. D’où le devoir de collaborer. 

Ø      LE DEVOIR D’AGIR AVEC RESPONSABILITÉ

_ Devoir de respecter les droits, de remplir les obligations et d’offrir sa collaboration.

 

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